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VIP-Blog de evelinemankou
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  • Créé le : 27/12/2009 08:24
    Modifié : 09/11/2017 12:08

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    L'Instinct de survie revisité par Laura Coakley

    28/03/2016 10:29

    L'Instinct de survie revisité par Laura Coakley


    Le 24 mai 2013, mon livre « La Misère Humaine » avait été choisi par Antoine Poteaux  dans le cadre de son brevet, au collège Saint Joseph à Arras, plus précisément à Givenchy-en-Gohelle dans le nord de la France. Son oral dont l’exposé portait sur l’histoire des arts avait pour sujet de montrer la manière dont la misère est représentée dans l’art. Antoine Poteaux avait le choix entre 5 œuvres : La Misère humaine d’Éveline Mankou (livre), La Misère de Jules Desbois (sculpture), Salle de Bain de Patrice Jorioz (aquarelle), L’Enfant de la misère de Berthe Sylva (chanson), et A girl walking on the main water pipe that carries drinking water to Mumbai de Sephi Bergerson (photographie).

    Il devait parmi ces œuvres, en choisir une principale qu’il décrirait d’avantage et son choix s’était porté sur La Misère Humaine.

     

    Aujourd’hui, c’est à mon autre livre « L'Instinct de survie » à faire l'objet d'une thèse.

    En effet, Coakley Laura, une canadienne de (University of Waterloo, 200 University Avenue West, Waterloo, Ontario, Canada N2L 3G1) a choisi « L'Instinct de survie » pour les travaux de sa brillante thèse, réussie avec brio et que je félicite. Si vous n'avez pas lu « L'Instinct de survie », je vous invite à lire l’intéressante analyse qu'elle en fait. Le lien suivant conduit vers sa thèse.

    https://uwspace.uwaterloo.ca/handle/10012/10090

     

     

     

    (Extrait de la these)

    Éveline Mankou présente un problème qui est malheureusement encore d’actualité dans la société africaine contemporaine, et dans notre corpus, elle est la seule auteure à présenter le sort des albinos.18 Il est important de considérer les racines de la stigmatisation des albinos avant d’examiner la façon par laquelle l’écrivaine expose cette partie de la culture congolaise. Les personnes atteintes d’albinisme ont un déficit de mélanine, ce qui rend leur peau, leurs poils et leurs cheveux blancs (Baker, Lund, Nyathi et Taylor 169). Dès lors, ces personnes contractent plus facilement que les autres des cancers de la peau et souffrent d’une carence visuelle. En Afrique, la situation des albinos est pire qu’ailleurs parce que le manque de produits, comme les crèmes solaires et les lunettes, les amènent à devenir des exclus de la société. Ils doivent rester chez eux et donc reçoivent peu d’éducation et n’exercent pas d’activités professionnelles (Baker, Lund, Nyathi et Taylor 170). Par ignorance sur leur condition médicale, cette exclusion de la société a créé des mythes sur leur personne.19 L’albinisme est considéré comme une malédiction contagieuse puisque la personne affligée possède, croit-on, des pouvoirs de magie noire et les albinos sont perçus comme différents, d’où une stigmatisation dès leur naissance. Les albinos sont des boucs émissaires à travers le continent africain à cause de leur apparence particulière qui les rend différents. Vu que l’histoire est racontée, chez Mankou, du point de vue de trois personnages, Mady, Buesso et le petit-fils, cela empêche parfois l’élaboration de leurs sentiments, puisqu’ils doivent

    raconter ce qui se passe objectivement. Pour comprendre les sentiments intimes de Mady, il faut analyser les mots employés. En ce qui concerne les rites sorcellaires, Mankou les traite d’une façon différente de Florent Couao-Zotti en revenant sur les histoires d’autres personnes, comme pour montrer l’ampleur du problème : Je connaissais l’histoire de Nvutu. Fraîchement mariée à son cousin, Nvutu donna naissance à un ndundu. 20 Après consultation du grand oracle et après concertation des sages, il fut décrété que cet enfant serait brûlé vif et la jeune mère chassée du village pour en éloigner la malédiction. (Mankou 66) Mady explique objectivement les rites sorcellaires, sans adjectifs, comme si elle faisait un rapport des évènements. Elle suit ce souvenir en révélant son souci: « Mais ce pauvre bébé, symbole de l’innocence, n’avait commis aucun péché pour être sacrifié sur l’autel des étranges superstitions » (67). Mady est décidément contre le rite sorcellaire utilisé pour tuer l’enfant de Nvutu. Cette fois-ci, le lexique montre sa réaction négative aux rites; même si elle ne décrit pas de gestes corporels, nous pouvons comprendre ses sentiments subjectifs grâce aux adjectifs, comme « pauvre » et à la combinaison de substantifs « symbole de l’innocence » qui humanise l’enfant albinos attaqué pour la couleur de sa peau. Une deuxième fois, la narratrice explique les rites sorcellaires qui touchent les albinos après avoir appris que son enfant en est un : « Un jour, l’enfant ndundu disait à ses parents qu’il allait chercher du bois dans la forêt, puis il ne revenait pas. C’est ainsi qu’ils quittaient ce monde comme par enchantement » (Mankou, 65). Dans cette description, l’écrivaine fait allusion à deux phénomènes : le mythe qui insinue que les albinos ne meurent pas, ils se distancient plutôt de la société et disparaissent (Baker, Lund, Nyathi et Taylor 177), et aussi les meurtres violents des albinos qui sont enlevés et trouvés morts dans un autre village.21 Mankou se sert d’évènements inspirés de faits réels en Afrique pour rendre la nouvelle

    plus actuelle. En outre, la croyance universelle de l’albinos chez Mady entoure le monde sorcellaire et on le considère comme « un être surnaturel. Surtout, un « être maléfique » (Mankou 22). Puisque la croyance est enracinée dans la société, elle n’est donc pas anormale comme système pour rétablir l’ordre du village et éviter que les malédictions frappent le reste de la communauté. Nous venons d’analyser en quoi la croyance en la sorcellerie affecte la vie des personnes accusées de sorcellerie. La décision de Mady de s’enfuir avec son enfant est le seul choix pour le protéger. Éveline Mankou décrit la fuite de la jeune femme après son accouchement en utilisant des termes se rapportant aux sentiments de la colère : « Fuir ce bourg hostile à la différence, fuir ce peuple ignare pour ne pas laisser nos espoirs s’amenuiser comme une peau de chagrin » (Mankou 68). La jeune mère se prépare à fuir « il me faudrait élaborer un plan » (68). Ensuite, elle explique son plan pour partir, lequel est exécuté dans le quatrième chapitre. Le regard de la narratrice sur sa fuite est très calme, ce qui diffère des autres nouvelles où le lecteur voit un moment d’indécision et de passivité chez le principal personnage. Dans ce sens, Mady a bien justifié son besoin de fuir, à cause de la menace de violence, et elle le fait. Pourtant, la narratrice montre un moment de passivité après son viol. C’est parce que Niama a commis un acte criminel qu’il veut se protéger de l’influence de la sorcellerie sur les personnes : « Niama exigea que je prête serment de ne répéter à personne ce qu’il venait de me faire. En clair, je devais taire mon viol sous peine d’être maudite par les esprits qu’il avait invoqués. Je tressaillis. En toute naïveté, j’entrais dans son jeu » (Mankou 42). Elle se convainc de garder ce secret toute sa vie en raison des superstitions et de la malédiction qui pourraient s’abattre sur elle. Le cousin, se sert donc la sorcellerie pour provoquer la peur chez Mady. Lorsque cette dernière raconte son histoire, elle se

    rend compte de sa naïveté d’avoir cru les mots de Niama, cependant elle se sent impuissante devant la gravité de la situation et des menaces. Sa passivité montre l’impact que la sorcellerie a sur la communauté et sur elle-même. Après avoir compris dès son jeune âge que les albinos sont traités comme des parias ou sacrifiés, Mady prend la décision de quitter son village. Elle anticipe sa persécution, « J’étais sûre que mon enfant subirait lui aussi le sort du bûcher. Pour purger ses prétendues fautes » (68) et elle réagit lors de sa passion maternelle pour le protéger. Ainsi, la fuite permet à Mady de sortir de la situation qui menace la vie de son enfant. Cependant, intéressons-nous au discours que Mady et les autres narrateurs utilisent pour révéler leur situation. Le discours représente les énoncés (oraux et écrits) émis par les personnages. Pour cette nouvelle, il s’agit d’un discours didactique et délibératif.22 Le petit-fils présente son histoire comme une chronologie des évènements. Ce narrateur transmet ses connaissances sur le sort des albinos parce que, dès son jeune âge, il a eu le désir de comprendre le sens derrière leur stigmatisation. Toujours dans la première partie, le petit-fils explique une conversation qu’il a eue avec sa grand-mère, celle-ci lui a caché pendant longtemps le mystère qui entourait son père : « Elle promit de tout m’expliquer une fois que je serais grand […] j’avais hâte de grandir. Grandir pour percer ce mystère; grandir pour le comprendre » (Mankou 15). Le discours didactique continue tout au long de l’histoire soulignant l’impact de la sorcellerie sur les villageois. Le petit-fils partage les histoires des gens qu’il connaît, telles que celle sur son père albinos. Il emploie des mots de comparaison, comme, par exemple, quand Mady parle de la ville où elle veut se réfugier « Mavoula était une sorte de Big Apple africain, c’est-à-dire une espèce de New York, où les contrastes étaient aussi frappants

    qu’entre Harlem et Greenwich Village » (23). La comparaison est une des techniques du discours didactique parce que ce narrateur souhaite que tout le monde saisisse le propos. En ce qui concerne le discours délibératif, le petit-fils ouvre un débat sur les pratiques et les règles de la société. Dans la première partie, le narrateur compte exposer une société qui est construite sur des idéaux qui marginalisent certaines personnes, comme la sorcellerie qui opprime les albinos à cause des mythes qui circulent sur eux. Le discours délibératif est évident dans l’interrogation rhétorique suivante du petit-fils : « Mais, de quel syndrome mon père, ce dilettante, était-il frappé? » (25). Le petit-fils comprend la stigmatisation des albinos, alors il se pose des questions pour persuader le lecteur de l’inacceptabilité de marginaliser les albinos à cause de la couleur de leur peau. Par son discours et son dialogue intérieur, Mady affiche sa passion pour son enfant. Après qu’elle raconte l’histoire de Nvutu, elle décide qu’elle doit s’échapper : « Je ne voulais laisser quiconque décider de mon futur ni de celui de mon enfant. Dans la nuit, il me faudrait élaborer un plan. Je devais m’enfuir » (Mankou 68). La jeune mère désire briser le destin certain de son enfant, un destin funeste si elle reste dans la communauté. Nous pouvons facilement déduire que Mady doit surmonter des obstacles pour sortir d’une vie où elle sent piégée. Pourtant, elle ne montre jamais de regrets en quittant le village, et l’assurance de son choix est soulignée à la fin quand Buesso prend la parole du narrateur et affirme que son voyage de retour a eu du succès : « Je fus regardé, moi Buesso, l’albinos, comme un héros par certains » (112). Buesso est un héros parce qu’il n’a aucun sentiment de vengeance contre les gens qui l’ont condamné et ont maltraité sa mère. Il ne regarde pas derrière lui et il accorde son pardon en apportant des cadeaux aux villageois (111). Ce dénouement fait écho avec des mesures prises par

    plusieurs chefs d’État africains qui promettent de lutter pour le droit de vivre des albinos.23 Mankou laisse l’histoire sur une note d’espoir pour mettre l’accent sur ceux qui veulent changer le cycle de la violence. Mady utilise aussi le discours délibératif pour s’interroger sur la nature humaine. À la fin de l’histoire où elle conclut sa trajectoire en passant la parole à son fils, elle réfléchit « Mais, peut-on effacer toute une éducation traditionnelle par de simples mots scientifiques? » (100). L’hypocrisie de la croyance en la sorcellerie est révélée pour critiquer une tradition qui stigmatise les individus. Par exemple, elle mentionne d’autres cas où la sorcellerie exclut certaines personnes de la communauté : « Malgré la légendaire solidarité, au village, quelques personnes étaient exclues de la vie communautaire, et cela souvent pour des raisons de sorcellerie » (50). Mady expose les comportements dichotomiques de sa communauté pour persuader le lecteur de l’inconsistance des règles traditionnelles. Elle questionne ces contradictions en relevant les fois où chacun brise le moule communautaire. Exclue des rites du tchikoumbi et de la naissance de son enfant albinos, Mady ne fait plus partie par conséquent de cette communauté.

     

     

     

    Dans la nouvelle, L’Instinct de survie, Éveline Mankou développe plusieurs personnages, notamment ceux qui accusent Mady et son enfant (Buesso) de sorcellerie. Dans un premier temps, Mady tombe sous le coup d’une accusation après son viol, puis, dans un deuxième temps, son enfant est également accusé, à tort, d’être sorcier lorsqu’on découvre son albinisme. Mady est donc mise en cause la première fois par « l’indésirable Dékoulé » (Mankou 53), un orphelin âgé de neuf ans, un marginal lui-même accusé de sorcellerie après la mort inattendue de sa mère (49). Mady le décrit d’un ton écoeuré (« il ne respectait pas les plus simples règles d’hygiène » (50), « ce garçonnet de mauvais augure, propagateur de poisse » (51)), exprimant ainsi son dégoût envers lui, cet être qui n’était pas né sous une bonne étoile. En fait, le jeune garçon avait aperçu Mady pendant un épisode des nausées matinales, se précipitant chez Ma Ndzari, la sage-femme de la communauté, pour l’informer de la situation. Selon lui, Mady est « possédée par l’esprit malin de la rivière ». Il ajoute avoir « vu [s]es vomissures et [s]es yeux révulsés. Nul doute, à son avis, [Mady est] victime de quelque envoûtement » (52). Certains membres de la communauté ne prennent pas Dékoulé au sérieux (« [les femmes] qui crois[ent] son chemin feign[ent] de l’écouter, puis elles s’empress[ent] de prier le ciel pour ne pas mettre au monde un enfant comme lui» (50). Pourtant, les villageois croient ses affirmations parce que c’est un enfant maudit, un enfant que l’on craint depuis sa naissance. S’il est le bouc émissaire de tout un village, Dékoulé s’improvise accusateur d’un moment, détournant le regard des autres vers une autre victime, Mady. Il soutient son accusation en menaçant les mauvais esprits. La croyance en la sorcellerie devient un dispositif mental commun

    qui manipule les actions des villageois. Ainsi Dékoulé est amené à accuser sans preuve provoquant une série de soupçons sur la grossesse de Mady. Éveline Mankou veut alors montrer que la violence physique et mentale exercée sur Dékoulé se répercute sur Mady et son enfant. Voyons maintenant la façon dont l’accusation de Dékoulé a influencé les comportements et les actions de Ma Ndzari. Doyenne des femmes, Ma Ndzari joue plusieurs rôles dans cette communauté : elle est instructrice de l’éducation sexuelle et matrimoniale des filles, sage-femme, prêtresse et « grandmère » du clan (Mankou 45). C’est une femme qui détient le pouvoir parmi les femmes de la communauté et elle prend des décisions importantes. Alors tout ce que Mady tient pour vrai vient du rite appelé le tchikoumbi, 30 enseigné par Ma Ndzari. Pendant ses mois d’initiation, Mady apprend que, comme fille du village, elle ne peut pas exister sans se marier à un homme; de fait, sa vie commence une fois scellée à celle d’un époux (48). Ma Ndzari incite donc les filles à prendre un mari, car une « femme non mariée [est] considérée comme possédée par des mauvais esprits » (48). Après avoir découvert la grossesse avancée de Mady, elle la condamne pour ses actions et elle est bannie des rites du tchikoumbi à cause de son infidélité présumée: « Une fille souillée par des rapports sexuels avant le mariage ne pouvait franchir l’entrée de cette case consacrée aux adolescentes pures : celles qui réservaient leur virginité à leurs futurs maris » (55). Maudite et impure, Mady est exclue, chassée du paradis des femmes à marier, des femmes respectées et respectables : « je fus chassée du tchikoumbi, comme Ève du paradis après le péché originel […] Je perdais là ma vie. Tous mes espoirs s’envolèrent. L’espoir de devenir une femme respectable… l’espoir de me marier » (55). Aux yeux de tous, elle a commis un « péché » et personne ne cherche à savoir dans quelles circonstances elle a eu cet enfant. Elle est punie à une

    condamnation éternelle, celle de l’isolement pendant la grossesse, puis celle de l’exclusion du village. Mère célibataire et femme pécheresse, Mady est perçue comme une femme à « l’esprit volage et espiègle, le pire des esprits qui pouvaient habiter le corps d’une belle et jeune fille » (55-56). Après plusieurs mois, l’enfant naît discrètement dans la case isolée de Mady. Malheureusement, Dékoulé a vu l’évènement et il prévient Ma Ndzari de l’arrivée du nouveauné. Lorsque la grand-mère arrive, Mady réagit d’un air protecteur en le tenant « jalousement dans [s]es mains » et en le contemplant « comme un trophée » (64). Mady veut protéger son enfant du mal dès sa naissance. Elle sent un attachement envers lui. C’est cette affection que Corinne Cammaréri résume dans son livre Amour maternel ou sublimation de femmes (2012), suivant la théorie de Julia Kristeva qui considère la mère prise par la passion maternelle qui s’impose à elle (105). Mady s’attache à son nouveau-né et elle rend signifiant ce petit être, de telle façon qu’elle se débarrasse de ses sentiments narcissiques pour consacrer tout son amour à son enfant. Cette passion maternelle pousse Mady à être sur la défensive devant le comportement de Ma Ndzari. Nous aimerions d’ailleurs nous arrêter sur la réaction de Ma Ndzari à la vue de l’enfant albinos. Lorsque celui-ci sort du ventre de sa mère, la prêtresse ne voit en lui que l’esprit maudit à cause de la couleur de sa peau qu’elle décrit « comme une contagion » (66). Elle est donc horrifiée et « fait un bond en arrière comme si elle voulait esquiver un coup-de-poing au visage » (64). La sage-femme accuse la naissance de l’enfant comme un coup physique; tout son être réagit. Mais sa réaction est normale. De fait, comme le constate Tsevi Dodounou, dans Le mythe de l’albinos dans les récits subsahariens » (2011) :

    Pour éviter que la malédiction ne s’abatte sur elle, Ma Ndzari entame « des incantations inaudibles » et invoque « discrètement les esprits protecteurs » (Mankou 64). Elle procède ensuite à un rituel qui dévoile l’arrachement de « quelques cheveux de la tête [du garçon] et les compt[e] dans la paume de sa main. Ce rite consist[e] à conjurer le sort quand on [est] face à un ndundu, un albinos » (65). L’usage du verbe « arracher » décrit une action agressive selon Mady et après l’arrachement de quelques cheveux de l’enfant, la mère affirme que son enfant est en fait un albinos. Contrairement à la réaction de Ma Ndzari, Mady humanise tout de suite son bébé. À partir du premier cri, elle s’émeut devant ce petit être blanc : « Il émit son premier cri comme pour hurler au monde qu’il était bien là, bien réel » (61). Le discours de la narratrice rejoint le concept de la passion maternelle de Julia Kristeva revu et analysé par Corinne Cammaréri qui indique que « le cri de l’enfant : le cri est l’issue motrice d’une excitation et la mère fera de ce cri une demande. Elle l’humanise, le rend signifiant » (111). En disant que son enfant « hurle au monde », elle certifie que son existence compte pour elle et la société. Mady réagit par amour pour son bébé tandis que Ma Ndzari voit en lui un esprit maudit. Tsevi Dodounou confirme ces différents points de vue où l’albinos est perçu comme « une intrusion malencontreuse » qui est facilement refuser par la société, tandis que d’autres le considèrent comme « une bénédiction, un signe de la protection et de bienveillance divines » (27). Pour Mady, il ne s’agit pas d’un être néfaste; au contraire, c’est un enfant tout simplement, quelle que soit sa couleur. Les villageois jouent un rôle différent dans l’œuvre d’Éveline Mankou puisqu’ils ne sont pas des bourreaux, mais des personnes sanguinaires qui offrent leur aide aux bourreaux. Menaçants et exclusifs, ils collaborent à expulser les personnes qui n’ont pas un profil conformiste. En accord avec Ma Ndzari, les dignitaires du village ont le dernier mot dans les

    décisions cruciales, comme celle prise à l’encontre de Mady. D’un coup, Mady est punie parce qu’elle est enceinte sans être mariée : Les dignitaires décidèrent de m’isoler dans une case, non seulement pour me punir d’avoir transgressé les lois – certes écrites nulle part, mais que personne n’était censé ignorer –, mais aussi pour éviter une mauvaise influence sur les autres filles. Dès cet instant, les villageois me considérèrent comme habitée par un mauvais esprit, un esprit volage et espiègle, le pire des esprits. (Mankou 55) Mady révèle que les villageois opèrent à partir de lois implicites qui ne fonctionnent que pour maintenir la tradition. Lorsqu’elle se trouve hors du modèle communautaire, on la considère comme un mauvais esprit. Mady est née dans une société qui privilégie certaines traditions, telles que le tchikoumbi qui prépare les filles au mariage. En raison de l’importance de ces traditions, personne ne la défend, parce que la tradition ancestrale soutient cette croyance : « la légende disait [que les albinos] s’évanouissaient dans la nature sans laisser de traces […] ces êtres maléfiques […] ne manquaient pas d’infliger une leçon mystérieuse au village où l’on dénombrait, par la quantité de fléaux » (Mankou 65-66). Se fiant à cette légende, les villageois bannissent les albinos et ses proches pour éviter la possibilité d’un malheur. Les villageois soutiennent la croyance que les albinos et leur mère sont possédés par les sorciers. Ils sont donc prêts à condamner cette dernière et à la punir pour ne pas que le malheur se répande dans le village.





     
     

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